Le pasteur s’est fait proche
de son peuple

Quelques jours après la fin du voyage du pape Léon XIV en France, Zenit a recueilli les premières impressions de Mgr Benoît BERTRAND, évêque de Pontoise et vice-président de la Conférence des évêques de France, qui a eu la charge de présider le comité national de coordination pour cette visite apostolique : « Le pasteur s’est fait proche de son peuple ».

Quelques jours seulement après la fin du voyage du pape Léon XIV à Paris, Lourdes et Metz, le peuple français reste marqué par ce temps béni, jalonné de rencontres, de paroles fortes et d’encouragements, que chacun est désormais appelé à garder et à « méditer dans son cœur ».
Zenit a recueilli les premières impressions de Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise et vice-président de la Conférence des évêques de France, qui a eu la charge de présider le comité national de coordination pour cette visite apostolique.

Zenit : Quelles sont vos premières impressions suite à la visite du pape Léon XIV en France ?

Mgr Benoît BERTRAND : Tout d’abord, je rends grâce au Seigneur pour ce qu’il nous a donné de vivre, pour la venue du Saint-Père, ses paroles, ses gestes, ses attitudes qui ont touché énormément de personnes. Je remercie la France, parce que rien n’aurait été possible sans l’accord du président de la République, du premier ministre, des ministères, des préfectures et des autorités de l’État.

J’exprime aussi ma profonde gratitude aux comités de pilotage, tous ceux et toutes celles qui ont travaillé à l’organisation du voyage, soit au niveau de la Conférence épiscopale, soit au niveau des diocèses. Parce que ce n’est pas le travail d’un seul homme, mais celui de dizaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées pour faire de cette visite un succès.

Pour l’instant, nous sommes encore sur notre nuage ! Il faudra sans doute un peu de temps pour assimiler, accueillir, intérioriser tout ce qui nous a été donné de vivre. Mais je retiens quatre mots pour décrire ce que nous avons vécu : ferveur, rencontre, encouragement et responsabilité. 

Je retiens quatre mots pour décrire ce que nous avons vécu : ferveur, rencontre, encouragement et responsabilité.

Tout d’abord, la ferveur des français nous a émerveillés, tant au Stade de France que sur les Champs-Élysées, à Lourdes ou à Metz. Beaucoup de joie, beaucoup d’enthousiasme. C’est vrai que nous ne pensions pas mobiliser autant de personnes : 800 000 sur les Champs-Élysées, mais certainement beaucoup plus en comptant les avenues adjacentes. Il y a eu sans doute jusqu’à 1,3 million de personnes autour de la Concorde, en comptant aussi la déambulation.

Ensuite, cela a été une rencontre, celle du Saint-Père avec la France et l’Église en France. Une rencontre faite de regards, notamment lorsque le Saint-Père regardait et bénissait les enfants qu’il prenait dans ses bras, mais aussi de paroles fortes, claires, fermes, comme sur la fin de vie, toujours exprimées avec beaucoup de douceur et de tendresse.

Puis le Saint-Père nous a encouragés, en particulier les personnes victimes qu’il est venu écouter. Il a dit à l’une ou à l’autre : « Vous êtes encore une terre sainte ! » Il a aussi encouragé les 80 000 jeunes au Stade de France en leur disant : « Vous êtes les saints de France ! ». Quelles paroles fortes ! Il a aussi encouragé tous ceux qui sont engagés dans le monde éducatif, les familles. Et même à l’UNESCO, avec cette interrogation « qu’est-ce qu’être humain ? » : l’interrogation la plus fondamentale que l’on puisse poser à des éducateurs. Le Saint-Père est venu nous encourager dans la foi, dans la mission, dans l’unité de l’Église en France, et cela nous a fait un bien fou !

Enfin, après ces jours inoubliables, nous sommes invités à la responsabilité. Cela concerne les évêques bien sûr, et nous reprendrons la feuille de route que le Saint-Père nous a transmise à Lourdes. Mais cela concerne aussi tous les prêtres, les laïcs, tous ceux et celles qui sont engagés dans la vie de l’Église. J’invite donc les acteurs pastoraux de l’Église en France à relire les allocutions du pape, ses homélies, ses discours pour les intérioriser, les méditer, et voir ce que nous avons à vivre personnellement, dans nos paroisses ou communautés chrétiennes.

Le Saint-Père est venu nous encourager dans la foi, dans la mission, dans l’unité de l’Église en France, et cela nous a fait un bien fou !

Zenit : Quel moment en particulier vous a-t-il le plus touché durant ces quatre jours ?

Mgr BERTRAND : J’ai été spécialement touché par la procession mariale à Lourdes. Nous avions déjà vécu des moments très forts à Paris, une journée très intense à Lourdes avec la rencontre des malades, cette messe impressionnante en présence de 150 000 personnes dans la prairie, et la rencontre avec les personnes victimes d’agressions sexuelles dans l’Église.

Cette soirée a été un moment de paix, de communion profonde, de prière avec Notre-Dame de Lourdes. J’ai été très ému de faire cette procession mariale avec le Saint-Père et avec des dizaines de milliers de pèlerins. Le pape était un pèlerin comme tous les autres pèlerins ! Et puis, pour moi, Lourdes est une étape très importante dans ma vie personnelle, et notamment dans ma vocation de prêtre.

Zenit : Le pape a dit dans l’avion que ce voyage avait été « littéralement riche en bénédictions ». Quelles bénédictions pouvez-vous déjà constater et partager ?

Mgr BERTRAND : Il y a beaucoup de bénédictions visibles, bien sûr. Les foules, les cœurs qui ont été touchés par telle ou telle parole, tous ces jeunes qui sont repartis stimulés, encouragés dans leur foi. Le Saint-Père est venu soigner notre espérance, notamment en allant à la rencontre des malades, des personnes handicapées et des personnes âgées. Je sais que des jeunes ont accueilli d’une nouvelle manière l’appel aux vocations.

Mais le pape a aussi parlé de « renaissance ». Et l’étape à Notre-Dame de Paris a été particulièrement forte. Alors que tout semblait perdu, la cathédrale renaît aujourd’hui de façon magnifique. Autre exemple, qui aurait pu imaginer, après le rapport éprouvant de la CIASE, qu’un voyage du Saint-Père en France serait possible quatre ans plus tard, et avec un tel succès ? Rendez-vous compte : la séquence la plus longue de cette visite, qui a duré deux heures, a été celle consacrée aux personnes victimes. Donc, voilà un signe extrêmement fort posé au cœur de ce voyage apostolique !

Mais il y a aussi les signes invisibles. Et cela est peut-être le plus important : le travail de l’Esprit Saint qui œuvre dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos vies. Beaucoup de fruits seront certainement à accueillir dans les jours, les mois, les années qui viennent. Et pour beaucoup d’entre nous, il y aura un avant et un après. 

Beaucoup de fruits seront certainement à accueillir dans les jours, les mois, les années qui viennent. Et pour beaucoup d’entre nous, il y aura un avant et un après. 

Zenit : Et maintenant, pour la France d’aujourd’hui et de demain, comment cette « renaissance » va-t-elle se mettre en œuvre concrètement ?

Mgr BERTRAND : C’est un peu tôt pour le dire, mais nous aurons dès dimanche soir le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France. Il va nous falloir du temps pour relire tous ces évènements, partager ce que nous avons vécu, et évidemment souligner l’une ou l’autre orientation qu’il convient de prendre sans trop tarder. Nous allons aussi avoir en novembre l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes, qui sera un moment important de relecture.

Dans dix jours, à Paris, nous aurons également la première session de l’Assemblée synodale provinciale sur les catéchumènes et les néophytes, et les paroles du Saint-Père sur ce sujet auront une force toute particulière pour orienter notre travail. Enfin, en plus de ces trois étapes, je sais que mes confrères évêques, en lien avec leurs conseils épiscopaux et leurs diocèses, vont aussi travailler tout cela et voir ce qu’il convient de vivre et de faire.

Zenit : Selon vous, quel est le principal signe d’espérance pour l’Église en France à l’issue de cette visite apostolique ?

Mgr BERTRAND : Pour moi, c’est vraiment le pasteur qui s’est fait proche de son peuple. Et le grand signe d’espérance, c’est la proximité de Dieu à notre égard. Dieu se fait proche pour qu’à notre tour, nous nous fassions proches des plus petits au nom de l’Évangile. Et cette proximité est transformante à la fois personnellement et pour l’Église.

Pour donner un exemple, il m’a été donné la grâce de partager un repas avec le Saint-Père à l’évêché de Metz. Après le repas, j’ai voulu le remercier du temps qu’il avait passé envers les personnes victimes à Lourdes. Il m’a dit : « Vous savez, je n’ai fait que mon travail de pasteur, comme vous, vous le faites : en écoutant, en écoutant ». Eh bien, peut-être que, par cette écoute attentive de ce que vivent notre Église et notre pays, cette proximité permettra à l’Esprit Saint, qui a animé toute cette visite, de toucher les cœurs et de les transformer.

Anne van Merris
Première publication le 2 octobre 2025 par ZENIT

 

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