
Merci, Père Thierry !
Après huit années de service au cœur de notre diocèse, Thierry Butor, vicaire général, s’apprête à rejoindre pour deux ans le diocèse de Plymouth, en Angleterre. Avant de lui dire « au revoir », nous lui avons posé quatre questions pour revenir sur son parcours parmi nous et découvrir ce qui l’attend dans cette nouvelle mission.
Que retenez-vous plus particulièrement de ces huit années comme vicaire général dans le diocèse de Pontoise ?
Ces huit ans comme vicaire général s’inscrivent pour moi dans la continuité des deux années passées comme vicaire épiscopal chargé de la démarche missionnaire synodale. Je garde un souvenir particulièrement fort de la Pentecôte 2018, avec 15000 participants, la célébration des 1 100 confirmations qui ont manifesté la vitalité et l’unité de notre diocèse et la réception de la lettre pastorale de Mgr Lalanne, La mission, c’est notre vocation.
Comme vicaire général, j’ai eu la joie de participer à la mise en œuvre de cette dynamique missionnaire et de découvrir plus largement la richesse des paroisses, des mouvements et des services diocésains. J’ai été profondément marqué par l’engagement généreux de nombreux fidèles, prêtres, diacres, consacrés et laïcs au service de l’annonce de l’Évangile.
Je retiens également la culture synodale qui caractérise notre diocèse. Je ne connais pas beaucoup de diocèses qui réunissent chaque année, pendant deux jours, les responsables des services diocésains, le conseil presbytéral, le conseil épiscopal, les doyens ainsi que des représentants des conseils du diaconat permanent et de la vie consacrée pour réfléchir ensemble aux orientations pastorales. L’an dernier, nous avons travaillé sur le thème « Territoire, mobilité, mission » ; cette année, sur l’opportunité d’appeler et de former des ministres institués dans notre diocèse. Cette synodalité ne se limite pas à ces rassemblements : elle irrigue de nombreux lieux de discernement, de concertation et de responsabilité dans la vie diocésaine, et je m’en réjouis profondément.
J’ai aussi été le témoin admiratif des transformations pastorales engagées dans les communautés locales pour répondre aux défis de la mission aujourd’hui.
Bien sûr, tout n’est pas idyllique. Notre diocèse connaît aussi des tensions, des fragilités et des limites. Mais j’ai constaté que ces difficultés n’ont jamais empêché le désir de vivre l’Évangile et de grandir dans la communion. Elles ont souvent été l’occasion de chercher des chemins de vérité, de dialogue et de conversion.
Au terme de ces années, je rends grâce pour la confiance reçue, pour la collaboration vécue avec deux évêques successifs, pour les nombreuses rencontres et pour la vitalité de cette Église diocésaine que j’aime profondément.

Qu’avez-vous reçu humainement et spirituellement dans ce service auprès de l’évêque, des prêtres et des fidèles ?
Ce que j’ai reçu humainement et spirituellement de ces huit années comme vicaire général, c’est avant tout une découverte renouvelée de la beauté et de la fragilité de l’Église. Cette mission m’a permis d’embrasser d’un regard plus large la vie du diocèse, dans sa diversité, comme collaborateur de l’évêque au service du peuple de Dieu.
Je ne peux évoquer ces années sans penser au suicide du père Jean-Baptiste, en septembre 2018, quelques jours après ma prise de fonction. Prêtre du diocèse de Rouen, ami de longue date et compagnon des années de séminaire, sa disparition a profondément marqué ma manière de vivre le ministère et d’accompagner les prêtres. Elle a imprimé durablement mon regard sur le sacerdoce, dans sa grandeur comme dans sa vulnérabilité.
Ces années ont aussi été traversées par des épreuves : la pandémie de COVID, le choc du rapport de la CIASE, des deuils personnels et la responsabilité inattendue d’administrateur des paroisses de Magny-en-Vexin, Osny et Saint-Ouen-l’Aumône dans des circonstances difficiles. Ces événements ont nourri un désir plus profond de vérité, de conversion et de fidélité à l’Évangile.
Mais je retiens aussi de très nombreuses joies : les pèlerinages, les rassemblements diocésains, le dynamisme des jeunes, les rencontres avec les prêtres, les diacres, les consacrés et les fidèles. J’ai particulièrement apprécié le travail de discernement partagé avec les évêques, les conseils diocésains et les responsables pastoraux.
Au fond, ces années m’ont affermi dans l’idée que la croissance spirituelle passe toujours par le chemin de l’humilité. J’ai découvert, dans un regard parfois lavé par les larmes, la beauté et la fragilité du sacerdoce, de nos relations ecclésiales et du désir de sainteté. Je l’ai vu chez les autres, mais aussi en moi-même.

Au moment de quitter cette mission, quel message ou encouragement souhaitez-vous adresser au diocèse pour les années à venir ?
Je suis entré au conseil épiscopal en 2016, alors que nous célébrions les 50 ans du diocèse ; nous nous apprêtons à fêter en septembre ses 60 ans. La mission d’aujourd’hui n’a pas changé depuis dix ans. Elle est la même que celle de l’Eglise des premiers siècles mais les conditions de l’évangélisation ont changé.
Je me réjouis particulièrement de l’impulsion donnée par Mgr Bertrand avec sa lettre pastorale Je suis avec vous tous les jours. Son invitation à emprunter la voie de l’intériorité me paraît essentielle : une intériorité qui ne replie pas sur soi, mais qui nous conduit à rencontrer le Christ présent au cœur de nos vies et nous envoie vers nos frères.
Je suis convaincu que le diocèse vit aujourd’hui un moment favorable. Les fruits déjà perceptibles de l’Assemblée ecclésiale provinciale sur le catéchuménat et le néophytat, comme l’arrivée de nombreux jeunes et adultes demandant le baptême, sont des signes d’espérance. Ils nous encouragent à poursuivre avec confiance l’annonce joyeuse et audacieuse de l’Évangile.
Pour les années à venir, je vois plusieurs chantiers prioritaires : poursuivre l’évangélisation d’une population dont une grande majorité reste éloignée de l’Église, repenser nos modes de présence missionnaire dans une société plus mobile et plus connectée, et développer davantage notre présence dans les espaces numériques.
Enfin, je voudrais adresser un encouragement particulier aux jeunes qui s’interrogent sur leur vocation. Choisir le Christ et se mettre au service de l’Évangile ne déçoit pas. Après vingt-et-un ans de sacerdoce, je n’ai jamais regretté d’avoir répondu à cet appel. Le Val-d’Oise est une terre jeune, diverse et pleine de promesses. J’espère que beaucoup de jeunes y entendront l’appel du Seigneur et auront le courage d’y répondre généreusement.

Et finalement, pourquoi cette nouvelle destination : le diocèse de Plymouth ?
Une nouvelle aventure s’ouvre pour moi. Mgr Bertrand a accepté que je vive une expérience pastorale dans un autre diocèse. Je dois avouer que je n’aspirais pas particulièrement à une année sabbatique au sens classique du terme : je ne suis pas fatigué et je n’éprouve pas le besoin de me reposer autrement qu’à travers un temps raisonnable de vacances. En revanche, j’ai un grand désir de continuer à vivre pleinement le ministère paroissial et d’acquérir une expérience nouvelle ainsi que des compétences que je n’ai pas encore comme la bonne maîtrise de l’anglais.
Pourquoi Plymouth ? Simplement parce que, de façon providentielle, Mgr Bertrand et Mgr Hudson se sont rencontrés au cours du Synode à Rome.
Je pars avec beaucoup de joie, mais aussi avec quelques appréhensions. Mon anglais est encore perfectible, et cette immersion sera l’occasion de progresser. Je me réjouis surtout de découvrir une autre culture, une autre manière de vivre et d’annoncer l’Évangile. Le diocèse de Plymouth est celui où les catholiques sont proportionnellement les moins nombreux en Angleterre. Je suis certain que j’aurai beaucoup à apprendre de cette situation particulière, ainsi que du dialogue avec les communautés anglicane et presbytérienne.
Je connais encore peu cette région, sinon à travers les échanges que j’ai eus avec l’évêque et quelques personnes du diocèse, ainsi que par les récits enthousiastes de ceux qui ont découvert les magnifiques paysages du Devon et des Cornouailles. Je pars avec curiosité et confiance.
Je vous emporte dans ma prière et je vous remercie de porter cette nouvelle étape de ma vie sacerdotale dans la vôtre. Et si, dans les années qui viennent, certains souhaitent traverser la Manche, je serai très heureux de les accueillir sur la terre de Newman et Thomas More.
Que le Seigneur accompagne vos pas, cher Thierry, et fasse porter du fruit à ce nouvel envoi.
30 juin 2026

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