La vocation,
une question de vie

La vocation, c’est quoi ? Comment accompagner les jeunes dans leur vocation ? Éléments de réponse avec Laure, professeur de mathématiques et d’informatique en lycée public et engagée dans la pastorale des jeunes et Sœur Claire de Bénazé, sfx, responsable de l’année de discernement Meryemana…

Laure : Vocation, cela vient de vocare, ça veut dire « appeler ».

Sœur Claire : Le mot vocation évoque deux mots pour moi : bonheur et aventure. C’est une question de vie, comme le dit le Pape dès le premier paragraphe de Christus vivit : « Le Christ vit et Il te veut vivant ! »[1] Dans l’Église, lorsqu’on pense vocation, on pense souvent vocation religieuse, ou vocation au mariage. Mais dans son exhortation, le Pape intercale la question du travail dans le chapitre sur les vocations.

Laure : Dans le cadre de mon métier de professeur des lycées, l’appel est aussi (et surtout) l’appel à servir autrui, à servir la société. L’orientation professionnelle est une question très présente au lycée. Beaucoup de jeunes aimeraient avoir une vocation, un truc qu’ils veulent faire de manière évidente, mais cela ne fonctionne pas comme ça.

Sœur Claire : Très rares sont les jeunes qui ont une vision claire de ce qu’ils veulent faire, et c’est normal ! L’erreur est de croire, puisque vocation veut dire appel, que l’on entend et que, hop, c’est fini. Ce n’est pas la roulette russe. Cela se construit.

Peut-être que ça ira bien, mais peut-être qu’il faudra changer d’orientation. D’ailleurs aujourd’hui tout le monde sait qu’il fera plusieurs métiers dans sa vie professionnelle : entrer dans une boîte et y passer toute sa carrière, ça n’existe plus.

Le mot appel est le même que le mot vocation. C’est du chinois ! Qu’est-ce que c’est entendre un appel ? C’est tout simplement sentir que telle situation vous interpelle, que telle activité vous botte, que telle autre vous rase. C’est ça qui dessine l’appel. Le Pape parle d’avoir des rêves. Combien de fois j’ai entendu des jeunes prononcer un espèce de « bof » généralisé, envie de rien. Ce n’est pas possible, des jeunes qui ne rêvent plus !

On ne connaît pas sa vocation, elle vient. Une vocation nous est comme dévoilée en chemin.

Laure : Enseigner, c’est ouvrir des portes. Aller vers celui qui dit « je suis nul en maths » et lui répondre : « Non ! Peut-être que tu n’aimes pas. Je l’accepte, et dans ce cas, on va faire le minimum pour que tu t’en sortes. Mais nul : non. On va reprendre, tu peux y arriver ! » La barrière ne doit pas être je suis nul mais je n’ai pas envie, ce n’est pas moi.

C’est aussi nourrir. Je pense à l’une de mes élèves qui s’accrochait, dans son choix de question pour le fameux grand oral de Terminale, au thème d’une de ses amies. Elle s’est soudain investie beaucoup plus lorsque je lui ai proposé un thème sans aucun rapport avec ce qu’elle avait déjà exploré, mais qui faisait écho avec ses choix personnels !

Sœur Claire : Ils ne rêvent plus parce qu’ils pensent qu’ils n’y arriveront jamais. Si on est sûr d’échouer, la meilleure manière de ne pas être déçu c’est de se saborder soi-même. Mais le Pape le redit sans cesse : “Il faut avoir peur de vivre paralysés, comme morts dans la vie, transformés en des personnes qui ne vivent pas, parce qu’elles ne veulent pas risquer […]. Prenez des risques, même si vous vous trompez.[2] Il faut pouvoir y aller en étant raisonnablement insensé !

On ne connaît pas sa vocation, elle vient. Une vocation nous est comme dévoilée en chemin. Dans ma vie apostolique, j’ai ouvert des lieux d’écoute à Garges. J’y ai expérimenté à quel point un jeune a besoin d’aide pour arriver à savoir ce qu’il veut. Ça ne vient pas comme ça. Dans une vie d’adulte aussi, il est bon de savoir à qui parler. Le jeune a besoin d’une très grande écoute pour arriver à formuler ce qu’il veut. L’adulte qui est à ses côtés a besoin de patience parce que cela ne va pas venir en une fois. C’est la merveille de nos métiers : il y a un compagnonnage. Le jeune sent si l’adulte est disponible ou pas.

Il y a des choses qu’il faut réfléchir et peser, mais ensuite il faut déposer cela devant Dieu et sentir ce qui se passe dans notre cœur.

Laure : Normalement il doit y avoir un alignement entre les volontés du jeune, de l’éducateur… et de Dieu.

Sœur Claire : J’aime bien ton idée d’alignement parce que ça me fait penser aux planètes, et tout le monde sait que l’alignement des planètes, c’est rare ! Dans l’idéal, on voit se dessiner, avec le temps, une convergence de ces volontés.

Le mot « vocation » pourrait sonner comme quelque chose qui empêche de vivre, mais c’est exactement le contraire. La question de liberté, ce n’est pas simplement faire ce que je veux, ou alors il faut entendre le mot “vouloir” comme le faisait Saint Augustin : « aime, et fais ce que tu veux ». La liberté est la capacité d’aller vers sa fin (finalité, accomplissement) sans entrave.

Il y a une attention à porter à de nombreux éléments qui sont à prendre en compte humainement (capacités et limites, circonstances, etc). Et quand on a bien considéré tout cela, il faut savoir qu’on a les moyens de ne pas faire de connerie dans les choix qu’on pose, des moyens humains et des moyens spirituels.

Saint Paul nous donne une liste des fruits de l’Esprit : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi »[3]. Cette liste des fruits de l’Esprit nous permet de vérifier, quand nous envisageons quelque chose, si c’est du lourd et si ça va tenir ou si c’est du bluff parce qu’on est en train de se faire avoir par le malin (que Saint Ignace de Loyola appelle (comme par hasard !) « l’ennemi de la nature humaine » ).

Il y a des choses qu’il faut réfléchir et peser, mais ensuite il faut déposer cela devant Dieu et sentir ce qui se passe dans notre cœur. Dans un document préparatoire du synode sur la foi, les jeunes et le discernement vocationnel, le pape dit bien que ce qui compte, ce sont les effets que les événements provoquent dans notre cœur. On touche là au discernement, pour lequel nous avons tous besoin, à certaines heures, de parler à quelqu’un de formé en matière d’accompagnement.

Laure : Il y a aussi un écueil dans l’idée d’être utile à la société.

Sœur Claire : Oui. Comme le dit le Pape une vocation s’exprime dans ce qu’on a à faire, mais elle ne se limite pas à cela : « c’est en définitive reconnaître pour quoi je suis fait, le pourquoi d’un passage sur la terre »[4] et cela implique d’abord nos relations. On se demande « Qui suis-je ? », mais il ne faut pas oublier de se demander : « Pour qui suis-je ? ». Un être humain est vivant par et dans la relation. Il faut se souvenir de cela quand on cherche sa vocation.

 

[1] Pape François, Christus vivit, n°1
[2] Pape François, Christus vivit, n°142-143
[3] Lettre de Saint Paul Apôtre aux Galates, chapitre 5
[4] Pape François, Christus vivit, n°255-56

6 mai 2021

 

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« Le Christ vit ! Et il remplit tout de sa présence et où que tu ailles, il t’attendra » ! En mars 2019, le Pape François a adressé un message rempli d’espérance et d’encouragement aux jeunes du monde, tout entier appuyé sur la présence agissante du Christ.

En s’appuyant sur les riches échanges menés durant le Synode sur les « jeunes, la foi et le discernement vocationnel », le Pape François partage ses convictions. 9 chapitres au cours desquels il s’adresse tantôt aux jeunes, tantôt a ceux qui les accompagnent ou à tout le peuple de Dieu. Il encourage à grandir en sainteté et dans l’engagement de sa propre vocation.

Source

Cet article a été rédigé pour #Suis-moi,
la lettre des jeunes catholiques
du Val-d’Oise.

Jeunes Unicef

Cet article a été rédigé pour #Suis-moi, la lettre des jeunes catholiques du Val-d’Oise. Une lettre, envoyée par mail, par et pour les jeunes du diocèse de Pontoise investis dans la mission auprès des enfants ou des jeunes dans les paroisses, dans une aumônerie, dans un groupe ou dans un mouvement, dans l’enseignement catholique…

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