Exhortation de Mgr Stanislas Lalanne

Lors des vêpres célébrées ce mardi 13 septembre 2022 à l’évêché de Pontoise, Mgr Stanislas Lalanne a prononcé une exhortation. Il appelle à bâtir une “Eglise qui se fasse encore plus proche, à la fois par un approfondissement des liens fraternels au sein des communautés et en allant à l’extérieur pour se rendre proche de ceux qui sont loin.”

Exhortation de Stanislas Lalanne
lors des vêpres
du mardi 13 septembre 2022
Evêché de Pontoise

 

Avant toute autre chose, je veux vous dire ma joie de vous retrouver ce soir pour vivre en diocèse l’entrée dans cette nouvelle année pastorale.
Nous avons déjà vécu, avant-hier, un très beau pèlerinage à Notre-Dame de Pontoise. Nous avons pu vivre un temps spirituel, convivial et fraternel.
Ce soir, je désire vous remercier pour votre présence, vous qui êtes associés à la charge pastorale que je porte, dans la diversité de vos états de vie.
Prêtres, diacres, consacrés, délégués épiscopaux, membres des équipes des services diocésains, membres des EAP et vous tous qui êtes engagés d’une façon ou d’une autre dans la vie de l’Eglise.
Vous êtes les forces vives de notre diocèse. 

Nous venons d’entendre le commencement de la lettre de saint Paul aux Galates. En choisissant ce texte, je souhaitais faire écho à ce qui nous a nourri spirituellement, la semaine dernière, avec les membres du conseil épiscopal, lors de notre session de rentrée.
Nous avons en effet partagé chaque matin un passage de cette lettre de Paul avant de commencer notre travail. Comme chaque année, nous avons fait l’expérience bénéfique de prendre la lecture suivie et intégrale d’une lettre de Paul.

Groupe de jeunes en plein Air

C’est d’abord l’occasion de nous laisser interpeller par la parole vive et tranchante de Paul s’adressant aux communautés qu’il a fondées. Mais ce partage est aussi l’occasion de resserrer entre nous les liens de fraternité sans lesquels nous ne saurions travailler de façon heureuse.
Je ne peux que vous encourager à lire intégralement cette lettre aux Galates, écrite en pleine période de crise. En effet, Paul apprend que ceux qu’il a enfantés dans la foi mettent en question non seulement son autorité apostolique mais l’Evangile même qu’il leur avait annoncé.
Déchiré aux entrailles comme un père ou une mère qui voit ses enfants se détourner de la voie de la liberté, Paul, le converti, livre un plaidoyer dramatique et magnifique pour la gratuité du Salut.
Il déploie une argumentation contre ceux qui veulent revenir à une loi contraignante rendant vaine la croix du Christ. La liberté à l’égard de la Loi ne doit pas pour autant dégénérer en licence ; les croyants ont à se mettre au service les uns des autres par amour.
C’est sans doute la lettre la plus polémique de Paul. Il n’hésite pas à affirmer que Pierre à tort ! Il s’engage dans un combat dont l’enjeu est celui de la liberté. La vraie liberté n’étant pas d’abord d’agir selon ses œuvres propres mais plutôt de reconnaître en nous l’œuvre de l’Esprit Saint.
Reconnaître les œuvres de l’Esprit Saint, l’invoquer et écouter ensemble ce qu’il nous dit avant toute démarche de discernement et de prise de décision, c’est bien le fondement de ce que l’on appelle la synodalité.

Reconnaître les œuvres de l’Esprit Saint, l’invoquer et écouter ensemble ce qu’il nous dit avant toute démarche de discernement et de prise de décision, c’est bien le fondement de ce que l’on appelle la synodalité.

La consultation diocésaine menée dans le cadre du synode sur la synodalité a été riche. Le magnifique travail de synthèse accompli par l’équipe constituée sous la houlette de Marie Portelli, avec Marie-Annick Benoît et Sébastien Thomas, a permis de faire ressortir les préoccupations fortes qui ont été exprimées de façon récurrente lors de cette consultation. 

Trois préoccupations ressortent nettement :

  • le désir d’une Eglise qui soit une communauté vivante et fraternelle ;
  • une Eglise qui assure la transmission et qui accompagne ;
  • une Eglise qui s’interroge sur sa gouvernance. 

Ces axes définissant une Eglise synodale sont détaillés dans le rapport de synthèse édité en mai 2022. Je vous invite à le relire ou à le lire, personnellement et en équipe.
Ce soir, je reviens particulièrement sur le premier axe : le désir d’une Eglise qui soit une communauté vivante et fraternelle. J’aurai l’occasion de revenir sur les deux autres axes. 

C’est à la lumière de vos contributions que nous avons travaillé lors de notre session de rentrée du conseil épiscopal, la semaine dernière.
Avec le conseil épiscopal, j’ai entendu cette attente forte d’une Eglise vivante et fraternelle dont l’attention se porte aux plus fragiles, aux personnes qui se sentent en marge, aux plus jeunes dans la foi.

Je sais que, localement, les équipes pastorales ont le souci de tisser des liens de proximité pour rejoindre les personnes qui ne franchissent pas le seuil de l’église.

Cette première préoccupation rejoint celle que j’ai maintes fois exprimée d’une Eglise de proximité.
Les contraintes liées à la diminution de nos forces vives nous obligent à avoir des groupements de paroisses avec de vastes territoires et une population nombreuse. Je sais que, localement, les équipes pastorales ont le souci de tisser des liens de proximité pour rejoindre les personnes qui ne franchissent pas le seuil de l’église.
Je suis bien conscient aussi des difficultés réelles rencontrées par les équipes paroissiales pour couvrir le champ immense de la mission. Les équipes paroissiales et diocésaines sont engagées avec zèle dans les activités de catéchèse, d’aumônerie, de préparation des sacrements, d’accompagnement des familles en deuil, du service de la charité…
Mais j’ai entendu aussi vos attentes d’une Eglise qui se fasse encore plus proche, à la fois par un approfondissement des liens fraternels au sein des communautés et en allant à l’extérieur pour se rendre proche de ceux qui sont loin.
Cette pastorale de proximité, j’en suis convaincu, ne peut se vivre qu’en s’appuyant sur l’ensemble des fidèles, forts des sacrements de l’initiation chrétienne qu’ils ont reçus, baptême, confirmation et eucharistie, qui nous constituent comme disciples-missionnaires.
Individuellement, les forces sont limitées mais portée à plusieurs, unis par des liens de fraternité, la mission devient féconde.

Individuellement, les forces sont limitées mais portée à plusieurs, unis par des liens de fraternité, la mission devient féconde.

Cette année, je souhaite que nous mettions en œuvre tous les moyens pour constituer les petites fraternités missionnaires dont nous parlons déjà depuis quatre ans.
Dans les nombreux échanges que j’ai pu avoir avec les paroisses, les services diocésains, les aumôneries ou les mouvements, j’ai pu percevoir que beaucoup voient dans les petites fraternités missionnaires une réponse adéquate à ce désir d’une Eglise qui sait se faire proche.
J’ai vu que ces fraternités sont déjà lancées dans un certain nombre de paroisses mais je sais aussi que beaucoup d’autres ont du mal à créer ces fraternités et ne savent pas bien comment s’y prendre.
Il y a bien sûr déjà le document d’octobre 2018 qui fixe le cadre général de ces fraternités missionnaires. Mais je me suis rendu compte que cela n’était pas suffisant et qu’il y a une attente de précisions et surtout d’un soutien concret, d’un accompagnement dans la durée.

Cette année, je souhaite que nous mettions en œuvre tous les moyens pour constituer les petites fraternités missionnaires dont nous parlons déjà depuis quatre ans.

Je voudrais annoncer deux choses. 

  • La constitution prochaine d’une équipe diocésaine pour aider la création et l’accompagnement des petites fraternités paroissiales. Son rôle sera notamment de donner des outils concrets pour organiser la constitution des fraternités paroissiales et nourrir leur action. 
  • Mon implication personnelle. Je visiterai, tout au long de l’année, différentes communautés. J’en ai fait l’expérience, chaque visite pastorale que j’ai pu faire a été importante pour la communauté et pour moi-même.

 C’est aussi dans ces visites ou, mieux, ces visitations, que s’exerce la synodalité, au sens où j’y vois souvent ce qu’on nomme de façon savante le sensus fidelium.
Dans les rencontres, les assemblées paroissiales, ces lieux où l’on réfléchit ensemble dans la docilité à l’action de l’Esprit Saint, se précise et se discerne ce qui est juste et bon pour l’annonce de l’Evangile. 

Vous l’avez compris, l’axe prioritaire de cette année pastorale sera la mise en place et l’accompagnement des petites fraternités missionnaires. 

Je compte sur la collaboration des services diocésains dans la poursuite de cet objectif. Cette année, avec les nombreux départs qu’il y a eu, nous devons repenser le fonctionnement de certains d’entre eux. Ce sera le cas du service diocésain Vie spirituelle et prière et de celui de la pastorale de la santé et du handicap. 

Au sujet de ce service la pastorale de la santé, l’équipe continue à porter de beaux projets dont celui du pèlerinage de Luzarches, le 1er octobre prochain.
Avec les membres de l’équipe avec les aumôniers d’hôpitaux et le père Henry, mais également avec des personnes engagées localement, nous allons réfléchir à la façon de porter au mieux l’attention aux personnes malades ou porteuses d’un handicap et aux personnes qui les accompagnent et en prennent soin. 

J’ai évoqué le pèlerinage de Luzarches le 1er octobre ; d’autres événements importants pour notre diocèse vont vite arriver :

  • l’ordination diaconale de Luc Mion et de Xavier Jacquemet, dimanche 2 octobre à la cathédrale ;
  • la session diocésaine de formation les jeudi 13 et vendredi 14 octobre à la salle du dôme, à Pontoise. Il est temps de s’inscrire !

 Nous nous portons maintenant les uns les autres dans la prière, ainsi que tous ceux et celles dont nous avons la charge, dont sommes appelés à prendre soin. Amen.

13 septembre 2022

CONTACT

Secrétariat de l’évêque
secretariat.eveque@catholique95.fr

Déployer des petites
fraternités missionnaires

(Extrait de la Lettre Pastorale “La mission, c’est notre vocation” – Octobre 2018)

Il ne peut y avoir de modèle unique pour l’ensemble des paroisses du diocèse. Il ne faut pas craindre d’innover et de faire des propositions dans ce sens. Là où des groupements paroissiaux atteignent des tailles importantes, le risque augmente de faire perdre aux prêtres et aux agents pastoraux le contact avec le terrain. C’est pour cette raison que j’encourage la création et le déploiement de petites fraternités missionnaires, avec une double attention de veille et d’annonce de l’Evangile.

Paul, s’adressant aux Anciens de la communauté d’Ephèse, les exhorte ainsi : « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l’Eglise de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang » (Ac 20, 28).

Une Eglise en proximité

« Veiller sur », c’est la mission particulière de l’évêque, mais c’est aussi la belle attitude que chaque baptisé doit avoir à l’égard de son prochain, avec une attention privilégiée pour les plus fragiles.
Nous sommes confrontés à une double nécessité : plus on envisage l’élargissement des ensembles paroissiaux, plus il est nécessaire de renforcer la présence de proximité. Nous devons sans cesse rendre l’Eglise présente à l’extérieur des églises, proche de ceux qui souffrent, pour panser les blessures et réduire les fractures.

Le monde a besoin d’une Eglise de veilleurs qui écoute les appels au secours des plus fragiles et qui a l’audace de croire qu’elle peut et doit y répondre en témoignant du Christ, unique Sauveur. C’est pour ces motifs que je demande que soient mises en place des petites fraternités missionnaires.
Sur un territoire géographique (un quartier, un village…), les membres de la fraternité missionnaire seront attentifs à la vie locale et chercheront à mettre en œuvre des actions de proximité. Ils établiront des liens de voisinage dans un climat de confiance. Ils auront soin de le faire dans un esprit de service empreint d’humilité et de respect pour les personnes.

Pour cela, ils se mettront à l’école du Christ Serviteur. Ils partageront la Parole de Dieu et prieront ensemble pour ceux qui leur sont confiés, ils s’échangeront des nouvelles. Ils seront attentifs à l’accueil des nouveaux arrivants (une visite, une invitation, un geste de bienvenue…). Ils seront présents au moment des événements heureux ou douloureux. Ils cultiveront la convivialité.


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