
Pâques : (re)découvrir
la profession de foi
À Pâques, les chrétiens renouvellent leur profession de foi. Mais que signifie ce geste? À quoi sert-il aujourd’hui ? Que peut-il dire à ceux qui sont loin de l’Église ? Cette démarche, héritée des premiers temps de l’Église, invite chacun à réfléchir à ce en quoi il croit vraiment.
Dans quelques semaines, le mercredi de Pâques, si nous allons à la messe, nous pourrons entendre cette belle monition : « Seigneur, tu as uni des peuples divers dans la confession de ton nom ; accorde à ceux qui renaissent à la fontaine baptismale d’avoir au coeur la même foi et dans leurs actes le même amour. »
L’Église universelle vient de célébrer les 1700 ans du Concile oecuménique de Nicée, qui a – entre autres – élaboré le symbole de la foi que nous connaissons bien ; et nous entrons cette année dans le concile provincial concernant les catéchumènes et les néophytes. L’occasion était donc toute trouvée pour réfléchir au rôle de la profession de foi pascale dans l’édification du Corps du Christ qu’est l’Église.
Credo ou Symbole ?
Commençons par un peu d’étymologie : en grec, le symbolon est un fragment d’un objet (poterie) brisé en deux, qui permet à deux personnes ayant conclu une alliance ou une entente de se reconnaître mutuellement : c’est un signe de reconnaissance et d’unité (syn : préfixe grec signifiant avec : ex. sympathie, synergie, synode, synthèse…).
Le symbole de la foi est un donc un moyen pour chaque croyant de reconnaître en son voisin d’église une personne qui partage réellement sa foi, c’est-à-dire une personne avec laquelle il est réellement en communion. Cela était fondamental aux premiers siècles de l’Église, quand son expansion s’accompagnait d’un grand nombre d’hérésies : il fallait s’assurer que les catéchumènes et les néophytes professaient bien la même foi que la communauté qui les accueillait.
Au commencement était le kérygme…
C’est le « noyau dur » de notre foi, exprimé dans le Nouveau Testament (Actes des Apôtres, chapitres 2 et 3 en particulier ; et bien sûr 1 Co 15, 3-5) et qu’on peut résumer ainsi : Jésus Christ, Fils de Dieu, est mort et ressuscité pour le salut du monde.
L’avoir rencontré, et avoir reconnu en lui le Sauveur, c’est un tel trésor qu’on ne peut pas le garder pour soi : on doit le partager, en porter au monde la Bonne Nouvelle (l’évangile) ; en grec, keryx désigne le crieur public.
Une affaire de transmission et de renouvellement
C’est l’Église qui, collectivement, a reçu la garde de ce trésor : non pour le mettre sous cloche, dans une atmosphère stérile, mais au contraire pour le transmettre à chacun de ses enfants, sous le grand vent de l’Esprit Saint.
C’est ainsi que les catéchumènes ont, quelques semaines ou quelques mois avant Pâques, reçu de la communauté le trésor de la foi (RICA n° 175) dans le rite de la Tradition du Credo ; en retour, ils lui apportent tout leur enthousiasme, leurs questions, leurs talents propres. Et dans la nuit de Pâques, on propose parfois aux tout nouveaux baptisés-confirmés de passer parmi l’assemblée pour rallumer le cierge de chaque fidèle à la lumière de leur propre cierge de baptême : manière de signifier que leur foi vient raviver celle des baptisés de plus longue date.
Dans la liturgie de Pâques, les catéchumènes ( ou plus exactement les appelés, ainsi qu’on les désigne depuis l’Appel Décisif qui a été célébré le 1er dimanche de Carême) renoncent au mal, puis professent leur foi, et sont ensuite baptisés ; la séquence est d’ailleurs la même pour toute liturgie baptismale.
La profession de foi ouvre ainsi la voie aux sacrements de l’initiation chrétienne : au premier de tous, le baptême, immédiatement suivi de la confirmation dans le cas des adultes ou de baptême en rite oriental, et de la communion.
La place de la profession de foi dans la liturgie de la messe dit bien sa fonction: c’est à l’articulation de la liturgie de la Parole et de la liturgie eucharistique proprement dite : elle constitue donc la réponse libre, et individuelle (quoiqu’à l’unisson) à la Parole de Dieu qui vient d’être proclamée, et explicitée par l’homélie : c’est notre adhésion, notre amen.
Le Credo baptismal : « Je crois » ou « Nous croyons ? »
C’est dans la foi de l’Église qu’on est baptisé. C’est pourquoi lors de la vigile pascale, juste avant d’être baptisés, les appelés sont invités à professer leur foi en répondant Je crois aux trois questions : Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant, qui a fait… ? Croyez-vous en son Fils Jésus Christ…. ? Croyez-vous au Saint Esprit, à l’Église…. ? Juste après eux, l’assemblée, interrogée à son tour, répond elle-aussi, mais en disant Nous croyons : le « je » du nouveau baptisé, qui affirme publiquement sa foi, qui l’assume en toute liberté, comme une part de son identité, sait qu’il peut s’appuyer sur le « nous » collectif qui l’accueille comme un nouveau membre.
Cette forme dialoguée de la profession de foi est la plus ancienne, car elle est liée à la croissance même de l’Église, par l’adjonction de nouveaux membres par le baptême. Lors de la vigile pascale, même si on ne célèbre pas de baptêmes, il est bon de réciter le Credo sous cette forme dialoguée, car c’est une façon pour les fidèles de renouveler les promesses de leur propre baptême, dont ils n’ont peut-être aucun souvenir, s’ils ont été baptisés très jeunes.
Pour conclure
Anticipons un peu la nuit de Pâques et écoutons la monition que le célébrant adressera aux nouveaux baptisés au moment de leur conférer la confirmation : « … la force du Saint -Esprit vous rendra plus semblables au Christ ; vous deviendrez de réels témoins de sa mort et de sa résurrection, et vous serez des membres vivants de l’Église. Ainsi grandira le Corps du Christ dans la foi et la charité. » (RICA n° 230). Ne s’adresse-t-elle pas en réalité à chacun et chacune de nous ?
Belle montée vers Pâques à toutes et à tous !
Mars 2026




