“L’immense cortège
de tous les saints”

Le souvenir des saints subsiste de nombreuses manières, par les innombrables œuvres d’art, les pèlerinages, les noms de lieux, les noms de famille. Dans les églises, les verrières témoignent souvent de l’importance des saints, composante essentielle de la vie religieuse dans les siècles passés. Ainsi en est-il dans les églises de Montlignon et de Garges-lès-Gonesse.

Dans l’église Saint-André de Montlignon, saintes et saints ornent les verrières de chacun des bas-côtés : en partant du chœur, saint André, saint Louis, saint Denis au nord et sainte Marie, sainte Geneviève, sainte Cécile au sud.

Ces vitraux néo-Renaissance, non signés, datent probablement de la seconde moitié du XIXe siècle ; ils témoignent du renouveau du culte des saints durant cette période.

la rosace de l'église de Sannois

Montlignon, église Saint-André, verrières du bas-côté nord


Les personnages, en position frontale et hiératique, sont placés sous un dais d’une architecture raffinée qui leur confère élégance et grandeur. Vêtements et attributs caractérisent chacun d’eux et permettent de le reconnaître. Au-bas du vitrail, le nom du saint, inscrit en latin, contribue à cette identification. 

sainte-thérèse au centre de la rosace

Montlignon, église Saint-André, verrière du bas-côté nord : saint André


Saint André, patron de l’église, occupe la première place, près du chœur : disciple de Jean-Baptiste, un des premiers à suivre Jésus et frère de Simon-Pierre, il exerçait aussi le métier de pêcheur. Il tient une croix en forme de « X » d’une main et un poisson de l’autre. Selon la tradition, il aurait été crucifié sur une croix en « X » (ou un arbre fendu) qui devint son signe distinctif. Il a parfois comme attribut secondaire un filet de pêche avec des poissons (ici un seul poisson).

Sur les deux verrières suivantes, figurent saint Louis et saint Denis, deux saints très représentés en Ile-de-France. Saint Louis en habits royaux avec le sceptre et la couronne, tient dans la main gauche la couronne d’épines, relique rapportée de Terre sainte pour laquelle il fit construire la Sainte-Chapelle.

Saint Denis, premier évêque de Paris au IIIe siècle, est représenté vêtu des habits épiscopaux et tenant la palme du martyr. On sait peu de choses de sa vie. Après de cruelles tortures, il fut décapité avec ses deux compagnons, se releva et, portant sa tête dans les mains, marcha jusqu’au lieu de sa sépulture. Sur ce vitrail comme sur celui de Garges, cet épisode, pourtant fréquemment représenté, n’a pas été retenu par le verrier.

détail de la rosace de Sannois, les anges

Montlignon, église Saint-André, verrières du bas-côté sud


Les baies du bas-côté sud sont ornées de verrières de même facture, le cortège des saintes faisant face à celui des saints. Entre Marie représentée comme la femme de l’Apocalypse, couronnée de douze étoiles, debout sur un croissant de lune et écrasant le serpent, et sainte Cécile, patronne des musiciens, tenant un orgue et une palme, sainte Geneviève fait face à saint Louis. Figure très populaire en région parisienne, sa célébrité lui vient du courage qu’elle sut insuffler au peuple de Lutèce devant les Huns qui assiégeaient la ville en 451.

détail de la rosace de Sannois, le village

Montlignon, église Saint-André, verrières du bas-côté sud : sainte Geneviève (détail)


Depuis le XVIIe siècle, Geneviève est souvent représentée en bergère, nantie d’une houlette et du livre de prière, image empruntée à celle d’une autre héroïne très célèbre qui était bergère, Jeanne d’Arc. La sainte porte au cou une médaille, remise par saint Germain, évêque d’Auxerre, signe de sa promesse de consacrer sa vie à Dieu.

L’église Saint-Martin de Garges-lès-Gonesse présente aussi son cortège de saints. Dans une facture résolument moderne (les vitraux datent de 1955), les baies du bas-côté nord sont ornées de verrières à  fond bleu (représentation de saints), face à celles à fond rouge du bas-côté sud (scènes de la vie de la Vierge).

détail de la rosace de Sannois, le village

Garges-lès-Gonnesse, église Saint-Martin, verrières bas-côté nord,
peintre verrier : André Ripeau (1955)


L’ordonnancement des couleurs : fond bleu, inscriptions et auréoles rouges, vêtements à dominante ocre et verte, confère à l’ensemble une belle homogénéité.

Comme à Montlignon, attributs et inscriptions permettent l’identification des personnages. Saint Denis (1ère baie près du chœur) est représenté en habits épiscopaux, avec au loin la silhouette de la cathédrale qui lui sera dédiée. Aux attributs premiers de saint Louis, couronne, fleur de lys, cote de mailles, épée qui évoquent le roi et le croisé, sont ajoutés ici le chêne et la balance, symboles du pouvoir et de la justice.

Saint Yves est représenté comme un juriste, un manuscrit à la main. Ce prêtre breton du XIIIe siècle exerça une longue activité dans les tribunaux épiscopaux.

détail de la rosace de Sannois, le village

Garges-lès-Gonesse, église Saint-Martin, bas-côté nord :
saint Fiacre et saint Vincent


Saint Fiacre et saint Vincent sont réunis sur la verrière de la dernière baie. Saint Fiacre, abbé ayant vécu au VIIème siècle, est devenu le patron des jardiniers : il en porte l’habit et tient une bêche, divers légumes à ses pieds.

Saint Vincent, diacre de l’évêque de Saragosse, mourut martyrisé en l’an 304 pendant la persécution de l’empereur Dioclétien. Il est vêtu de la dalmatique des diacres, tenant une serpette dans la main droite et un panier de raisins dans la main gauche. C’est le patron des vignerons probablement à cause de la première syllabe de son nom.

La représentation de ces deux saints rappelle sans doute que l’agriculture et la vigne étaient parmi les activités principales des habitants de Garges-lès-Gonesse jusqu’au XIXe siècle.

Texte et photos : Marie-Claire Pirson

 

Le peintre verrier : André RIPEAU

André Ripeau fut verrier à Versailles, reprenant l’atelier de son père, Henri Ripeau qui avait lui même repris l’atelier Dupin vers 1920. L’activité s’arrêtera dans les années 1990.

Outre les vitraux de Garges-lès-Gonesse (1955), André Ripeau a réalisé les verrières de l’église Saint-Pie-X à Eragny (1961) et celles de l’église d’Aincourt dans le Vexin (1957).


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