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23/01/2018

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Cinéma Septième sélection de la réalisatrice en compétition officielle au Festival de Cannes, Vers la Lumière nous livre une réflexion sur le cinéma, sur la perte et le deuil, et sur l’ouverture aux autres.

 

Vers la lumière

de Naomi Kawase.
Japon, 2017, 1h41.
Festival de Cannes 2017, prix du jury oecuménique.

 

1Septième sélection de la réalisatrice en compétition officielle au Festival de Cannes, Vers la Lumière nous livre une réflexion sur le cinéma, sur la perte et le deuil, et sur l’ouverture aux autres. Aux confins de ses différents univers, Naomi Kawase mêle ici ville et nature, poésie et réalisme, visible et invisible. Après la Caméra d’Or reçue en 1997 pour Suzaku et le Grand Prix en 2007, pour La Forêt de Mogari, Vers la Lumière a été primé cette année par le Jury œcuménique du Festival, sensible à sa ''grande qualité artistique [… et à] la possibilité, même pour ceux qui sont dans l’obscurité, d'apercevoir la lumière.''

Misako est une jeune femme qui écrit les textes d’audio-description des films pour les aveugles et les malvoyants. C’est lors d’une de ces séances qu’elle fait la connaissance de Nakamori, photographe célèbre en train de perdre la vue. Le film sur lequel ils travaillent ensemble va devenir le lieu de leur rencontre et de leur apprivoisement. Comme le héros de la fiction qui souffre de la disparition de sa bien-aimée, Nakamori se heurte à la perte et au renoncement de ce qui constituait l’essentiel de sa vie. Et les deux histoires vont ainsi se répondre, entre un amour qui se termine et le leur en train de naitre.

Dès la première scène, la réalisatrice nous plonge dans une mise en abyme où nous suivons de dos un homme rentrant dans une salle de projection, avant qu’une voix off énigmatique ne décrive en détails une rue quotidienne au Japon, puis la séquence d’un film à l’écran. Ces allers-retours entre la fiction et la réalité créent un chemin narratif inhabituel, propre à Naomi Kawase mais qui tient le spectateur en tension.

Toujours à la recherche de la vérité sur le film, Misako se heurte à la difficulté de décrire au mieux des ambiances, des sentiments ou même un visage pour celui qui n’entend que les dialogues et la musique. Comment rendre compte de l’invisible tout en laissant au spectateur sa capacité d’imagination et sa liberté d’interprétation ?

Comme pour réconcilier le monde des voyants et celui des aveugles, Naomi Kawase apporte un soin tout particulier à la fois à l’image, à travers des cadrages d’une grande rigueur et emplis d’émotions, et au son, grâce à la musique de l’immense Ibrahim Maalouf et l’infinie variété des bruits de la nature.

De la lumière bien sûr il est question à plusieurs reprises. Celle qui se diffracte dans un cristal taillé et que Misako tente d’attraper avec ses doigts, celle du soleil qui se couche, à la fin du film, dans ses souvenirs d’enfant ou sur les photos de Nakamori, et celle des projecteurs enfin, sans lesquels le cinéma n’existerait pas.

Mais Vers la Lumière est aussi un film sur le temps qui passe, sur les générations qui se succèdent, sur les proches encore là et ceux déjà partis. La mère de Misako a perdu la mémoire et la notion du temps mais écrit à sa fille par fax. Son père disparu récemment devient pourtant, grâce à une photo, son guide vers Nakamori.

Tout au long du film et comme un leit-motiv revient la phrase : ''Il n’y a rien de plus beau à voir que ce qui s’apprête à disparaître'', allusion à la fois à la mort et à la perte de la vue, où l’invisible supplante peu à peu le visible.

Au Festival de Cannes où le film était en compétition officielle, il a reçu le prix du jury oecuémnique.

 

►Voir ci-dessous la remise du prix à Naomi Kawase 

 

► La bande annonce du film :

 

Valérie de Marnhac
Janvier 2018
SIGNIS

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